23.01.2012
Curiosity kills the cat
Cœur et courage, elle en a à revendre ou du moins, cruelle dame sans-mercy d’infinie lâcheté, fait-elle comme si. Et puis avoir presque trente-cinq ans, c’est pouvoir pour de bon tourner la page de toutes les sottises post-adolescentes qui se nommeraient « le plus-bel âge », celui où l’on croit dur comme fer qu’habiter le brillant Kodak d’une image suffit à la confiance en soi…
Sonner à la porte avec délicatesse : surprise subite de l’accueil par une domestique noire toute de blanc vêtue qui demande si l’on veut confier son sac à main, mais puisque l’immense demeure de ce haut de colline avoisine celle d’un cinéaste nommé Spielberg, tout cela va de soit. Elle a par contre manqué de perspicacité en ne prévoyant pas qu’elle déparerait dans un raout où le quatre-cinquième des invités fut GI au Japon juste après Pearl-Harbour ou prépare un documentaire racontant en voix-off sur fond d’images d’archives les tenaces souvenirs des cachettes et des fuites du temps du génocide. Toutes les femmes alentours sont de celles qui sacrifièrent volontairement leurs carrières académiques au succès de leurs époux, et leurs pupilles s’écarquillent d’étonnement devant l’audacieuse. Le non-dit en bouches-cousues ? Qu’elle se prénomme Crystal Harris voire Anna Nicole Smith cette jeune femme qui a bien soixante années de moins que ce « birthday boy » qu’ils célèbrent ce soir. Maria Kodama ? Ah, ce serait bien mieux, mais elle semble trop blonde et trop jeune pour le rôle, et puis lui n’ayant pas la carrure d’un Borges, ce ne peut pas être ça. « Vous le connaissez d’où ? » – et là elle glisse un nom qui serait la vraie clef de ses profonds mystères, mais qu’on ne relève pas. De toasts en canapés et de flûtes en tasses, parfaite règle du jeu renoirement filmée en dolbi noir et blanc, le petit monde révèle ses rouages rouillés et toutes les poussières rances de ses salles moisissures. La perversion profonde de ces vieux figurants, c’est de penser que tout est rapport de pouvoir, qu’il n’y a pas d’égaux et qu’une simple amitié faite de littérature ne saurait exister. Et le charme discret de ce huis-clos de post-académiques mis sur son trente et un serait le scintillement en tristes pointillés d’une abhorrable lacune, l’ignoble corindon de toutes les impuissances.
Courage et cœur, l’écœurement ne vient-il pas des tripes tout autant que du cœur ? Quand le dégoût révulse, le cœur qui n’est plus à l’ouvrage s’immisce au bord des lèvres : ça se nomme écriture – mais il vaut mieux en rire, à gorge déployée, et ces éclats de rire mosaïquent ma vie.
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