17.05.2012
4. Pingouin
On aurait pu penser qu’I.Z., du haut de son 1m88 d’armoire à glace biseautée, connaissait bien Oppdal parce qu’il y était né. N’y avait-il pas quelque chose de nordique dans le bleu gris de son regard ? Or, dans le carton à chaussures qui abritait une cinquantaine de passeports à identités variables, le petit livret bleu estampillé USA où s’inscrivait le vrai patronyme de notre détective se contentait de le faire naître à Nashville, Tennessee. Z. était donc plutôt une sorte de cowboy de musique country dont la vie aurait soigneusement gommé toutes les aspérités.
Mais après tout ce serait mal connaître un coin du monde abritant une collection Baudelaire, et oublier le calme chic des vertes pelouses de Vanderbilt que de se représenter un vrai texan redneck là où une forme d’aristocratie s’était développée dès la fin du dix-huitième siècle. Les ancêtres de Z. étaient peut-être de ceux qui avaient combattu sous le drapeau des confédérés à la bataille de Nashville, ceux des allées de magnolias menant vers d’immenses demeures qu’on disait plantations.
D’ailleurs Z. ressemblait un peu au lieutenant John B. Hood dont il avait bien trop longuement, enfant, contemplé la photo dans son livre d’histoire. C’était surtout la main droite du général qui le fascinait, parce qu’il avait lu que Hood était manchot et qu’il devinait que la surface blanche cachée par la main gauche était en porcelaine, comme ces anciennes poupées dont sa sœur cadette faisait la collection. Et aujourd’hui, sinon la barbe, Z. était devenu le posthume reflet d’un militaire d’antan, mort de la fièvre jaune dans les bras amoureux d'une « Judy Come Home with the Soap ».
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